Article: “Découverte du premier cas d’amusie congénitale chez l’enfant”

Posted by: on Feb 26, 2011 | No Comments

This article, written by journalist Marie Lambert-Chan (Forum), focuses on a recent research on congenital amusia conducted by Marie-Andrée Lebrun, Ph.D. candidate, under the supervision of Prof. Isabelle Peretz (Université de Montréal).

Article by Marie Lambert-Chan - Available in French only

En 2009, un directeur de chorale a dirigé l’une de ses élèves vers le Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS). La fillette de 10 ans n’arrivait pas à chanter juste bien qu’elle ait intégré la chorale 20 mois auparavant. Grâce à l’initiative de ce professeur, les chercheurs du BRAMS ont découvert le premier cas d’amusie congénitale chez l’enfant, une condition qui toucherait environ quatre pour cent de la population.

«L’amusie, un déficit de la perception musicale, est un phénomène connu et documenté chez les adultes mais pas chez les enfants. Pourquoi? Difficile à dire. Peut-être que les enfants amusiques réussissent à passer sous le radar dans leur cours de musique s’ils se débrouillent bien sur le plan de la théorie. Peut-être aussi que les parents ne font pas tout un cas du fait que leurs enfants ne semblent pas aimer la musique. Ils se disent que ce n’est qu’une question de gout, de talent», avance Marie-Andrée Lebrun, étudiante au doctorat en recherche et intervention en neuropsychologie clinique à l’Université de Montréal et auteure principale de la recherche.

Malgré sa condition, la fillette baignait dans un univers musical. Sa mère valorisait grandement l’apprentissage de la musique et avait l’habitude de faire jouer des airs de Mozart à la maison. Plus jeune, l’enfant avait fréquenté une école maternelle où elle suivait déjà des leçons de musique. Par la suite, elle a poursuivi ses cours à l’école, en plus du chant choral qu’elle pratiquait à raison de quatre heures par semaine. Elle participait à quatre concerts et assistait à des productions musicales de 10 à 12 fois par année.

Selon Marie-Andrée Lebrun, la fillette cherchait à se conformer aux attentes sociales. «Elle affirmait aimer la musique et pourtant, quand je lui demandais de chanter, je voyais clairement qu’elle n’aimait pas ça et qu’elle aurait souhaité remettre la tâche à plus tard, raconte-t-elle. Quand j’ai voulu savoir quelles étaient ses chansons préférées, elle m’a répondu “Des chansons en français parce que c’est moins compliqué à retenir!” Elle ne semblait pas apprécier l’air musical.»

Batterie de tests

Marie-Andrée Lebrun a soumis la fillette à plusieurs tests, avec l’aide de ses collègues Patricia Moreau, Andréane McNally-Gagnon, Geneviève Mignault Goulet et Isabelle Peretz, sa directrice de recherche et cofondatrice du BRAMS. Pour ce faire, les chercheuses ont utilisé une version de la Batterie de Montréal d’évaluation de l’amusie adaptée aux besoins de l’enfant.

La fillette devait désigner les changements mélodiques et noter les différences rythmiques entre des séquences musicales, en plus de passer un test évaluant la mémoire incidente des mélodies. Elle a obtenu une note globale de 48 %, contrairement aux enfants du groupe témoin, dont les résultats frôlaient les 90 %. «Autrement dit, elle a répondu au hasard», analyse Mme Lebrun.

Afin de s’assurer que ses difficultés musicales n’étaient pas liées à des troubles cognitifs – sans quoi les chercheuses n’auraient pu conclure à un diagnostic d’amusie –, la fillette a subi des examens neuropsychologiques… qu’elle a réussis haut la main.

«Nous avons aussi effectué un test de détection de hauteur tonale», ajoute la doctorante. L’enfant a entendu 240 séquences de cinq sons, où la quatrième note pouvait rester la même, être très ou peu augmentée, ou encore très ou peu diminuée. Au final, elle distinguait bien les grandes différences de tonalité, mais pas les plus fines, au contraire des enfants de son âge. Et, fait surprenant, son cerveau ne les discernait pas non plus! «Pourtant le cortex auditif des adultes amusiques perçoit ces petites ondes différentes, bien qu’eux-mêmes disent ne pas les entendre», s’étonne-t-elle.

Dernier test: le chant. La fillette a choisi d’interpréter Frère Jacques et la version française de Happy Birthday. «Elle arrivait bien à produire les contours mélodiques des chansons ainsi que le rythme dans certaines situations. Cependant, elle commettait un nombre impressionnant d’erreurs d’intervalles, n’atteignant la note souhaitée que la moitié du temps», explique la doctorante.

Le profil de l’enfant ressemble donc beaucoup à celui des adultes souffrant d’amusie, sauf pour ce qui est de la détection des petites différences de hauteur tonale par le cerveau. Est-ce un signe que la condition des amusiques pourrait se modifier avec l’âge? «Nous n’avons testé qu’une seule personne, remarque Marie-Andrée Lebrun. On ne peut donc qu’émettre des hypothèses. La différence que nous remarquons entre les adultes et la fillette pourrait s’expliquer par un retard de maturation du cortex auditif chez l’enfant. Une chose est sure: nous sommes maintenant mieux outillés pour explorer le développement de l’amusie congénitale et mettre sur pied des interventions qui aideront peut-être ces enfants, dont le cerveau demeure malléable, à s’améliorer sur le plan musical.»