Article: « La musique atténue la douleur »

Publié par: le 16 mars 2009 | Pas de commentaire

Cet article, écrit par le journaliste Mathieu-Robert Sauvé (Le Forum), faisait suite à l’atelier de recherche sur la Musique et la Douleur, qui se tenait au BRAMS le 27 février dernier. Cet atelier de recherche était conjointement organisé par le BRAMS, le CIRMMT et la Faculté de Musique de l’Université de Montréal.

« Dans ses interventions, l’infirmière américaine Marion Good a toujours eu la conviction que l’écoute de la musique pouvait aider les personnes tout récemment opérées ou souffrant de douleurs chroniques à recouvrer la santé. Elle a mis sur pied des programmes de recherche financés par les National Institutes of Health qui se sont étendus sur plus de 10 ans. Le lendemain ou le surlendemain d’une opération dans la région abdominale, par exemple, 500 patients devaient écouter du jazz, de la musique pop, de la harpe, du synthétiseur ou du classique au cours de séances pendant lesquelles ils faisaient des exercices de relaxation. Ce «traitement» ne remplaçait pas les analgésiques mais était appliqué en complément.

Ses conclusions: la musique et la relaxation ont amené chez les patients une atténuation de 10 à 31 % de l’intensité de la douleur ressentie. Ses travaux ont ouvert la voie à des études similaires menées en Égypte, à Taiwan et aux États-Unis, selon la chercheuse de passage à l’Université de Montréal le 27 février dernier à l’occasion d’une journée d’étude sur la musique et la douleur organisée par le Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS).

Les travaux comme ceux de Mme Good sont encore rares, estime le spécialiste allemand Eckart Altenmüller, de l’Institute of Music Physiology and Musician’s Medicine, de l’Université de Hanovre. Il a indiqué qu’une revue de la littérature publiée en 2006, le rapport Cochrane, concluait à de modestes effets positifs de la musique sur la douleur. Cinquante-et-une études effectuées dans le monde auprès de 3663 sujets avaient été analysées. Dans les cas les plus probants, on notait une baisse du recours aux médicaments analgésiques.

«Les avantages de la musicothérapie comme traitement antidouleur sont ses couts très bas et l’absence d’effets secondaires, a-t-il ajouté. Mais, même si l’on entreprend plus de travaux qu’avant sur la question, nous ne sommes pas en mesure de démontrer scientifiquement des liens entre la musique et la diminution de la douleur. Nous parlons actuellement de préscience.»

Musicothérapeutes présents

Pour Nathalie Gosselin, docteure en psychologie et attachée de recherche au BRAMS, il ne fait aucun doute que la musique peut aider les gens qui souffrent de différentes maladies neurologiques à s’extérioriser. «J’ai vu des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’autisme se transformer littéralement durant des séances de musicothérapie. Il s’agissait d’hommes et de femmes qui communiquent très peu avec le monde extérieur. La musique leur permet de sortir de leur isolement.»

Au Québec, la musicothérapie est encore mal connue. Selon Julien Peyrin, lui-même musicothérapeute, la création d’un ordre professionnel permettant d’assurer l’uniformité des pratiques pourrait aider la cause. «Actuellement, n’importe qui peut se dire musicothérapeute, ce qui n’est pas le cas dans plusieurs pays d’Europe ou aux États-Unis», résume-t-il. Pourtant, la musicothérapie est pratiquée dans les hôpitaux du Québec, notamment en gérontologie et en psychiatrie.

Une soixantaine de personnes sont venues à la journée de réflexion dans les locaux du BRAMS, au 1420, boulevard du Mont-Royal. Avec l’aide de quelques collègues, M. Peyrin avait organisé à leur intention un atelier de percussion qui a connu un franc succès à la fin de la journée. Par groupes de 10 à 15 personnes, les participants ont entre autres joué du tamtam et du xylophone. Le tout s’est terminé par une séance d’improvisation.

D’après Mme Gosselin, l’idée de rassembler en un même lieu autant les chercheurs que les musiciens et les musicothérapeutes avait pour but de favoriser un rapprochement interdisciplinaire. «Nous pouvons dire “mission accomplie”!»

Mathieu-Robert Sauvé

JOURNAL FORUM, Dimanche 15 mars 2009